Un cerveau double-tâche
Dans Le Figaro du vendredi 16 avril 2010 a été publié un article très intéressant sur une étude en neuroscience. Les chercheurs Etienne Kœchlin et Sylvain Charron ont en effet démontré, en utilisant des appareils d’imagerie fonctionnelle (IRM), que le cerveau humain est incapable de mener plus de deux tâches simultanément.
La définition de la tâche est identique à celle que les ergonomes utilisent, ce qui permet de faire le pont entre les deux disciplines. Pour ces chercheurs, la tâche est le fait d’engager une action pour atteindre un but. Le test consiste à demander aux individus de remettre en ordre une séquence de lettres, moyennant récompense. Lorsqu’un seul test est soumis à l’individu, celui-ci active les deux hémisphères de son cerveau. En revanche, lorsque l’individu doit mener deux tests en même temps, chaque hémisphère poursuit sa propre tâche, la partie frontale du cerveau assurant la coordination des deux tâches. De plus, les individus n’ont pas réussi à mener plus de deux tâches dans cette expérience.
En ergonomie, nous définissons systématiquement la tâche qui doit être accomplie avant d’observer l’activité réelle de l’opérateur. Sans cela, il est impossible de construire des hypothèses et de conduire une analyse de l’activité. Il existe diverses façons de décrire les tâches des opérateurs et d’intégrer la notion de tâches parallèles, ou de sous-tâches qui doivent être réalisées simultanément pour parvenir au but. Cette étude en neuroscience pourrait pousser à élaborer des modèles de description des tâches de plus en plus complexes, c’est-à-dire pouvant définir deux grandes tâches (deux buts) préparant une seule analyse de l’activité.
Des études de plus en plus fines viendront certainement, notamment sur l’allocation des ressources cognitives dans des activités multitâches. Elles pourraient s’appliquer à toutes les tâches de manipulation d’informations, soit un éventail quasi-exhaustif des domaines de l’ergonomie cognitive.