Procédures textuelles & représentations mentales

Publié le par Rémi Mounier

En errant sur le Web, j’ai trouvé un article traitant des incapacités cognitives, publié sur Webaim.

http://www.webaim.org/articles/cognitive/activity.php

 

          Ce qui m’a intéressé est avant tout l’activité proposée : un pliage d’une tasse en origami. J’ai acquis dans l’art du pliage une certaine expertise, surfant désormais sur des modèles conçus par des maîtres coréens et japonais. L’expérience consiste ici à appliquer les instructions de manière à réaliser l’œuvre d’art.  Bon, j’exagère, ce sera juste une vulgaire tasse. La particularité de ces instructions est qu’elles ne sont pas accompagnées de diagramme, au contraire de tous les livres d’origami. Les auteurs veulent ainsi tester si les lecteurs arrivent à se créer des représentations comblant le manque d’image. Et de conclure gaiement que les « visuels » auront plus de mal que les autres… Fine analyse.

  1. Find a blank piece of paper.
  2. If it isn't already perfectly square, cut off one edge of the paper until it is perfectly square.
  3. Fold the paper in half diagonally.
  4. Lay the paper down in front of you so that the longest edge is facing you.
  5. Take the bottom left corner and fold it over the main area of the piece of paper so that the corner touches the opposite edge, and so that the top of the newly folded edge is parallel with the bottom of the piece of paper.
  6. Do the same thing to the right corner, folding it across the main area of the piece of paper until it touches the opposite edge. The top edge of this fold should be exactly on top of the top edge of the previous fold.
  7. Take the outer layer of the very top corner and fold it down until the corner touches the spot where the bottom of the other two folds meet. You should see a pattern in the shape of an "X."
  8. Do the same thing to the other layer, but in the opposite direction.
  9. Spread apart the two layers on the top and gently push the sides in.
  10. You made an origami cup! (Or did you?)

 

          Techniquement, la tâche consiste à faire passer une feuille (état initial) à une tasse (état final). Les étapes, c’est-à-dire les différentes instructions de la procédure, sont autant de sous-tâches permettant d’atteindre le but final. Dans les instructions,  je distingue deux types d’information : l’action à réaliser et la représentation de l’état (soulignée en jaune). C’est cette dernière qui permet à l’opérateur de se créer une image mentale de l’état à obtenir et de réguler son activité en fonction. Elle sert à la planification, à l’évaluation et éventuellement à la correction de l’action. Notez qu'il y a aussi ce type d'information pour préparer l'action, en vérifiant l'état du produit avant transformation. C'est le cas de "if it isn't already perfectly square".

 

etat-initial.jpg

 

Une expérience intéressante serait de supprimer les informations soulignées en jaune. Je fais l’hypothèse qu’aucune personne, même les experts en origami, ne peut parvenir au but final. Avec le texte cité, j’ai réussi sans grand mal à faire ma petite tasse.

 

origami-suite.jpg

 

          Cependant, j’ai noté que l’instruction qui m’a le plus gêné est la 7 (quatrième image en partant de la gauche sur la photo), certainement parce que « you should see a pattern in the shape of an X » est une information non technique et trop vague. Dans un pliage, il y a beaucoup de choses qui peuvent ressembler à un X ! De même, je n'ai pas de représentation de l'état entre l'étape 8 et l'étape 9, ce qui fait que j'ai procédé par tâtonnement en me basant sur mon expérience. La difficulté pour transformer textuellement une image est de faire ressortir les traits discriminants au vu de la tâche prescrite.

 

          Ainsi, dans une procédure, il est impératif de donner l’information quant à l’action à accomplir et la représentation de l’état à obtenir. Souvent, l’image est plus fiable que le texte pour apporter la représentation. En revanche, dans les livres d’origami, les erreurs proviennent dans l’enchaînement des représentations, c’est-à-dire dans la description de l’action à effectuer pour passer d’un état à un autre. Plus rarement, une sous-tâche est faiblement décrite, voire ne donne pas d’information pour se représenter l’état à atteindre, ce qui augmente le risque d’erreur. Cette réflexion sur la décomposition des tâches dans une procédure peut s’appliquer à tous les documents qui ont pour but de transmettre des instructions dans une tâche de création.

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