La culture avant l'info

Publié le par Rémi Mounier

Mathieu Collet publiait, sur User Centric, une petite remontrance pour le site Le Figaro.fr. Une de ses remarques pointait le nombre trop important d’items dans les menus de second niveau (encadrés en rouge). En effet, faisant référence aux limitations de la mémoire de travail, les ergonomes ont pour habitude de respecter la règle des 7 (+/- 2) items.

 

menufigaro

 

Tout allait bien jusqu’à ce que l’idée me vienne de traverser l’Atlantique, soucieux de compléter mon désir d’informations. Arrivé sur le Washington Post, quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer un menu de navigation fort proche du Figaro !

 

washingtonpost

 

Bien davantage que le site français, le Washington Post semble se moquer de la limitation de la mémoire de travail. Mon voyage sur le New York Times a été loin d’infirmer cette tendance. Alors, pourquoi les sites dédiés à l’information offrent-ils de tels menus de navigation ? J’ai deux hypothèses à ce sujet.

 

1/ Il ne s’agit pas de menus de navigation. Bien qu’ils se trouvent en haut de page, ils sont davantage utilisés comme des outils pour retrouver des catégories d’informations. La navigation proprement dite s’effectue directement par le contenu du site. D’ailleurs, l’élément mis en évidence par la taille et la graisse est le titre du dernier article publié.

 

figarotitre

 

Ces sites web ont donc un fonctionnement proches des blogs, ils mettent l’accent sur l’actualisation de l’information plus que sur leur archivage.

 

2/ Le site web est crédible grâce à la richesse des menus. Le premier traitement cognitif des utilisateurs ne consiste pas à retrouver l’information mais à définir le niveau de fiabilité du site web. En effet, une information donnée par le New York Times n’a pas la même fiabilité que celle de Pompon Magazine (je m’excuse au passage auprès des éditeurs de ce très bon magazine sur la confection de pompons). Aaron Marcus, au cours de ses divers travaux quant aux influences culturelles sur les NTIC, pense que certaines cultures évaluent la crédibilité de l’interface selon la complexité en termes de contenus et de choix (voir notamment : A. Marcus, "International and Intercultural User-Interface Design," in Stephanidis, Constantine, ed., User Interfaces for All, Lawrence Erlbaum, New York, 2000.). Notons que les Américains semblent plus friands que les Français en surcharge d’informations…

 

          En conclusion, je ne préconiserais pas une simplification des menus pour les sites d’information. Pourtant, sur l’analyse purement technique des traitements cognitifs, tout porterait à penser que les menus sont surchargés. Mais, en simplifiant les menus, les utilisateurs pourraient ne plus reconnaître le site en tant que source fiable d’informations et ne plus s’informer par le site. Il me semble que les sites web ont contourné cette difficulté en favorisant la navigation par les titres des articles et non par les menus. C’est un cas où les critères d’utilisabilité vont à l’encontre des critères d’acceptabilité, ces derniers étant encore mal pris en compte par les ergonomes, car cela suppose d’analyser finement les facteurs culturels. 

 

 

Un petit article sur la conception web et la culture:

http://www.international.gc.ca/cfsi-icse/cil-cai/magazine/v03n04/1-4-fra.asp

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